
Mon père, ce héros au regard si doux"
V. Hugo, La légende des siècles
Je crois que je n'ai jamais fait le deuil de mon père. Nous entretenions un grande complicité qui n'avait pas besoin de mots. Très extraverti, sociable, il n'en était pas moins d'une pudeur extrême quant à ses sentiments, pudeur qu'il m'a léguée.
Il avait vécu les camps en Allemagne après avoir été fait prisonnier au tout début de la guerre. Le stalag XIB fut libéré par les Anglais le 9 avril 1945 mais les prisonniers ne furent rapatriés en France que fin mai. Dans cet intervalle il vécut ce qui fut certainement son expérience la plus traumatisante d'une guerre dont il n'avait finalement connu ni les combats, ni l'horreur. Avec ses camarades il participa avec le 63ème régiment antichars britannique à la libération du camp de Bergen-Belsen. S'il racontait volontiers la vie de prisonnier, il refusa toujours obstinément d'évoquer ce dernier épisode.


A la fin de sa vie, lorsque je le trouvais dans son fauteuil, perdu dans ses souvenirs et las de vivre et que je lui demandais: "ça ne va pas?" il me répondait invariablement par cette formule qui n'appelait aucun commentaire et coupait court à mon questionnement: "Tu le sais bien, c'est le syndrome du Plateau des Aigles", en référence aux lieux de sa jeunesse normande.
Il était d'une grande élégance, d'un charisme qui attirait les figures féminines autour de lui, mais sans jamais faire de l'ombre à la femme de sa vie.

Il était celui à qui on vient demander de l'écoute, un avis, un conseil, de l'aide et qui répondait toujours présent.
Il me manque toujours autant.
1 De Gilsoub -
un très beau portrait de ton père , très touchant, merci